Analyse

Analyser les backlinks de ses concurrents : la méthode de Julien Jimenez

Un concurrent vous devance et son profil de liens semble l'expliquer ? Avant de chercher à l'imiter, il faut le lire. Voici la méthode que Julien Jimenez applique pour analyser les backlinks d'un concurrent, du choix des sites à comparer jusqu'au plan d'action priorisé, sans copier les liens des autres ni se fier à un score unique.

Loupe au-dessus d'un schéma de nœuds reliés, pour analyser les backlinks d'un concurrent

Comment analyser les backlinks d'un concurrent sans se noyer dans des milliers de lignes d'export ? La question cache un piège : on croit chercher une liste de sites à démarcher, alors qu'on cherche surtout à comprendre pourquoi Google accorde davantage de confiance à une page qu'à une autre. Une analyse comparative bien menée répond à trois questions concrètes : quel est l'écart réel entre vous et les sites de la première page, quels types de sources votre thématique récompense, et quels contenus attirent spontanément des liens. Tout le reste découle de ces réponses.

Pourquoi analyser les backlinks d'un concurrent avant d'agir

Les liens restent l'un des signaux qui aident Google à évaluer la popularité et la fiabilité d'une page. Mais un nombre de liens, pris isolément, ne dit rien : quelques centaines de domaines référents peuvent représenter une avance confortable sur une niche et un retard sérieux sur un marché très disputé. La comparaison donne l'échelle. Elle transforme une impression (« ils ont plus de liens que nous ») en écart mesurable, page par page et source par source.

Elle a un deuxième intérêt, souvent sous-estimé : vérifier que les liens sont bien le facteur limitant. Il arrive que l'analyse révèle des profils comparables, voire un avantage de votre côté. L'écart de visibilité vient alors d'ailleurs : une page qui répond mal à l'intention de recherche, un problème d'indexation, un maillage interne qui n'irrigue pas les pages importantes. Lancer une campagne de liens à ce moment-là reviendrait à soigner le mauvais symptôme.

Enfin, elle dessine la grammaire des liens de votre secteur (médias spécialisés, fédérations, comparateurs, blogs d'experts, presse régionale), à laquelle un profil crédible doit ressembler.

Choisir les bons concurrents : ceux de la SERP, pas du marché

Se comparer à ses concurrents commerciaux est un réflexe, rarement le bon. Le seul concurrent qui compte est celui qui occupe la position visée, sur la requête visée. Prenons un cas type : une boutique en ligne de mobilier de jardin se retrouve, sur ses requêtes principales, face à un magazine de décoration, une marketplace généraliste, un comparateur et deux enseignes spécialisées. Ses concurrents de recherche ne sont pas ceux de son étude de marché.

Une sélection en quatre étapes

  1. Lister les requêtes qui comptent pour l'activité, regroupées par type de page : catégories, fiches produits ou services, guides. Une vingtaine de requêtes représentatives suffit pour commencer.
  2. Relever, pour chacune, les sites présents en première page, puis compter combien de fois chaque domaine apparaît sur l'ensemble du panel.
  3. Retenir trois à cinq domaines récurrents dont le modèle ressemble au vôtre : mêmes types de pages, même intention, une taille comparable ou légèrement supérieure.
  4. Traiter à part les géants (marketplaces, encyclopédies, grands médias), dont l'autorité repose sur une notoriété qu'aucune campagne de liens ne reproduira.

Comparer des pages, pas seulement des domaines

Un domaine peut dominer grâce à sa page d'accueil et rester faible sur la catégorie qui vous intéresse. Notez donc l'URL exacte qui se positionne et comparez-la à votre page cible : domaines référents vers cette URL, liens internes reçus, profondeur dans l'arborescence. C'est souvent là que l'écart devient lisible.

Extraire et nettoyer les données de backlinks

Pour votre propre site, le rapport Liens de la Search Console reste la référence : il liste les pages les plus liées, les principaux sites d'origine et les textes d'ancre les plus fréquents. Pour les concurrents, il faut passer par l'index d'un outil d'analyse de backlinks. Aucun ne voit tout le web : comparez donc tous les sites avec le même outil, à la même date, et croisez avec un second index si l'enjeu le justifie.

Raisonnez ensuite en domaines référents plutôt qu'en liens bruts. Un lien placé dans le pied de page d'un site de dix mille pages produit dix mille backlinks, mais un seul domaine référent. Avant d'interpréter quoi que ce soit, passez l'export au crible :

  • dédoublonner par domaine référent et garder le meilleur lien de chacun ;
  • retirer les liens perdus ou en erreur, qui faussent les totaux ;
  • isoler les liens de site entier (pied de page, barre latérale, liste de partenaires) ;
  • écarter les sites de scraping et les agrégateurs qui recopient automatiquement des contenus ;
  • conserver les liens nofollow, sponsored et ugc en les étiquetant, car ils font partie de tout profil naturel ;
  • noter la date de première détection de chaque domaine, indispensable pour lire le rythme.

Le fichier de travail tient en quelques colonnes : domaine référent, page source, page cible, texte d'ancre, attribut rel, type de source, thématique et date. Toute la suite s'appuie sur ce tableau.

Sources manquantes et pages qui attirent les liens

L'écart de domaines référents

L'analyse d'écart, souvent désignée par son nom anglais de link gap, consiste à repérer les domaines qui font un lien vers plusieurs concurrents mais pas vers vous. Plus un domaine relie de concurrents, plus il a de chances d'être une source naturelle du secteur : un média spécialisé, une fédération, un salon professionnel, un comparateur de référence. À moins qu'il ne s'agisse d'un site qui fait des liens vers tout le monde : la vérification manuelle reste donc indispensable. Chaque domaine manquant est ensuite qualifié et rangé dans l'une de ces quatre familles.

Classer les sources manquantes selon l'action qu'elles appellent
FamilleExemples de sourcesAction
AccessibleAnnuaire professionnel sérieux, fédération dont vous êtes membre, partenaire commercialCréer ou mettre à jour la fiche, simplement
À mériterMédia spécialisé, blog d'expert, site de ressourcesProduire un contenu ou une donnée qui justifie la citation
RelationnelleSalon, association, école, événement localConstruire une relation : intervention, partenariat, soutien déclaré
À ignorerRéseau de sites artificiels, page de liens, site hors sujetNe rien faire, même si le concurrent en profite

Repérer les pages qui attirent les liens chez les autres

Triez ensuite les pages de chaque concurrent par nombre de domaines référents. Hormis la page d'accueil, on y trouve des études et baromètres, des outils ou calculateurs, des guides de référence, des glossaires, parfois une page presse bien tenue. Les fiches produits y figurent rarement : elles reçoivent leur autorité par le maillage interne, depuis ces pages qui attirent les liens.

Pour chaque page du palmarès, demandez-vous pourquoi les autres sites la citent (donnée exclusive, utilité pratique, mise à jour régulière) et comment son autorité circule ensuite vers les pages commerciales. La première réponse oriente vos contenus, la seconde votre maillage interne. Il ne s'agit pas de reproduire la page, mais de proposer mieux : plus récent, plus complet, plus simple à citer.

Lire les ancres et le rythme d'acquisition

Ce que disent les ancres

La répartition des textes d'ancre de vos concurrents montre ce qui est ordinaire dans votre SERP : une majorité de liens au nom de la marque ou à l'URL, des formulations descriptives, quelques ancres proches des mots clés. Elle sert de repère, pas de modèle. Un concurrent bien classé malgré beaucoup d'ancres exactes n'a pas trouvé de recette : il vit peut-être sur un crédit provisoire. La question des dosages est détaillée dans l'article consacré à la répartition des ancres de liens.

Ce que dit le rythme

Tracez, pour chaque concurrent, le nombre de nouveaux domaines référents par mois sur douze à vingt-quatre mois. Trois profils reviennent souvent : une croissance régulière, signe d'une marque active et de contenus cités ; des pics isolés, qui correspondent à une campagne, à une opération de relations presse ou à un contenu repris partout ; des plateaux, quand l'acquisition s'est arrêtée. Croisés avec l'historique de visibilité, ils montrent ce qui a produit un effet, et à quel horizon.

Votre rythme, lui, doit rester compatible avec la croissance naturelle de votre site : reproduire le pic d'un concurrent beaucoup plus connu créerait un profil incohérent.

Transformer l'analyse en plan d'action priorisé

Une analyse qui s'achève sur un export de deux mille lignes n'aide personne. Le livrable utile est un plan court, priorisé par impact.

Plan d'action type issu d'une analyse concurrentielle
ChantierContenuPriorité
Pages à renforcerPages proches de la première page, au contenu solide, avec un déficit de liens mesurableHaute
Gains rapidesMentions de la marque sans lien, liens cassés vers d'anciennes URL à rediriger en 301, partenaires qui ne citent pas encore le siteHaute
Maillage interneLiens depuis les pages qui reçoivent de l'autorité vers les pages commerciales prioritairesHaute, souvent négligée
Sources à approcherDomaines accessibles et relationnels issus de l'analyse d'écart, avec la raison du contactMoyenne
Contenus à produireUne ou deux ressources capables d'être citées, inspirées du palmarès des concurrentsMoyenne, effet durable

La priorité se décide en croisant l'impact attendu et la faisabilité. Une page en deuxième page de résultats, au bon contenu et au léger déficit de liens, passe avant une page lointaine sur une requête très disputée. Fixez aussi ce que vous ne ferez pas. Au fond, le résultat d'une analyse concurrentielle n'est pas une liste de liens à obtenir, mais une liste de raisons d'être cité. Les liens suivent les raisons.

Analyser les backlinks d'un concurrent : les erreurs d'interprétation fréquentes

  • Se fier à un score unique. Les indicateurs d'autorité de domaine des outils sont des estimations propriétaires, utiles pour trier une liste, mais Google ne les utilise pas. Deux sites au même score peuvent avoir une valeur très différente pour votre thématique.
  • Confondre corrélation et causalité. Le site le mieux classé a souvent le plus de liens parce qu'il est aussi le plus ancien et le plus complet.
  • Copier les liens des concurrents. Les mêmes sources ne créent aucun avantage, et une partie est inaccessible ou douteuse. Ce qui se copie, c'est la logique, pas la liste.
  • Lire un instantané. Un total de domaines référents à une date donnée masque la dynamique. C'est la tendance qui renseigne.
  • Prendre l'index pour la réalité. Un lien absent de l'outil n'est pas forcément absent du web, et inversement. Les chiffres sont des ordres de grandeur.

Questions fréquentes sur l'analyse des backlinks concurrents

Quel outil utiliser pour analyser les backlinks d'un concurrent ?

Tout outil d'analyse de backlinks reconnu fait l'affaire, pourvu que vous utilisiez le même pour tous les sites comparés. Aucun index n'est exhaustif : les chiffres sont des ordres de grandeur. Pour votre site, complétez avec le rapport Liens de la Search Console.

Combien de concurrents faut-il analyser ?

Trois à cinq suffisent dans la plupart des cas, à condition de les choisir dans la SERP de vos requêtes prioritaires et de leur ressembler par le type de pages. Au-delà, l'analyse gagne en volume plus qu'en enseignements.

Faut-il chercher à obtenir les mêmes liens que ses concurrents ?

Pas systématiquement. Certaines sources communes à plusieurs concurrents sont des passages naturels du secteur et valent la démarche. D'autres sont inaccessibles, payantes sans transparence ou de faible qualité. L'objectif est de comprendre pourquoi ils sont cités, puis de mériter des citations équivalentes.

À quelle fréquence refaire l'analyse ?

Une analyse complète une à deux fois par an, complétée chaque trimestre par un suivi léger des nouveaux domaines référents des principaux concurrents, suffit généralement. Une refonte ou une forte variation de visibilité justifie une mise à jour anticipée.

Conclusion : lire avant d'imiter

Analyser les backlinks d'un concurrent, c'est d'abord choisir les bons points de comparaison, puis lire les données avec méthode : écart de domaines référents, pages qui attirent les liens, ancres, rythme. L'ensemble débouche sur un plan court : quelques pages à renforcer, des sources qualifiées, un ou deux contenus dignes d'être cités, un maillage interne qui fait circuler l'autorité. Pour prolonger ce travail avec des liens que l'on mérite plutôt qu'on ne les achète, l'article consacré aux liens gagnés grâce aux contenus et aux relations presse digitales détaille la démarche.